Conservation de Prolemur simus autour de la forêt de basse altitude dAndriantantely, District de Brickaville

 

By: Felaniaina Lantovololona1*, Anjara Bonaventure1,2, Tianasoa Ratolojanahary3, Jean Rafalimandimby3, Maholy Ravaloharimanitra1*, Paul Ranaivosoa1, Jonah Ratsimbazafy2, Rainer Dolch3, Tony King1

 

Published in: Lemur News Vol. 16 (2012), pp. 7-11.

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1The Aspinall Foundation, BP 7170 Andravoahangy, Antananarivo 101, Madagascar

2Groupe d’Etude et de Recherche sur les Primates de Madagascar (GERP), Lot 34 Cité des Professeurs Fort Duchesne, Ankatso, Antananarivo 101, Madagascar

3Association Mitsinjo, Lot 104 A Gare, Andasibe 514, Madagascar

*Corresponding authors: lanfelan2@gmail.com; rrmahooly@gmail.com

 

Mots-clés: conservation, forêt dAndriantantely, Corridor AnkenihenyZahamena, Prolemur simus, socio-économie

 

Résumé

En 2009, le grand Hapalémur Prolemur simus a été découvert autour de la forêt de basse altitude d’Andriantantely, District de Brickaville, dans la partie orientale de Madagascar.  Cette nouvelle découverte d’une espèce classée comme gravement menacée par l’UICN a rappelé la nécessité d’actions urgentes de conservation dans un site considéré depuis plus de dix ans comme hautement important pour la biodiversité. En conséquence, notre étude avait comme objectifs d’actualiser les données relatives à la distribution et l’abondance de P.  simus aux alentours d’Andriantantely, identifier les menaces qui affectent ces sites, et mettre en évidence les défis de conservation relatifs à la préservation de l’espèce. Des missions de comptage ont été réalisées de fin septembre à début décembre 2010, puis en janvier et mai 2011, et une étude socio-économique des populations riveraines de la forêt a été effectuée en novembre et décembre 2010. Nous avons identifié 6 groupes deP. simus, totalisant 31 individus dont 3 petits, dans 3 sites à une altitude variant de 80 à 229 m. Leur territoire est constitué de forêt dégradée à Valiha diffusa et Ravenala madagascariensis, et de terrains culturaux ; nous n’avons trouvé aucun signe de présence de P. simus dans la forêt même d’Andriantantely. La zone est caractérisée par une population humaine jeune, et son enclavement a favorisé des conditions sanitaires précaires et le manque d’infrastructure scolaire. Les communautés sont réticentes au développement, en raison de nombreux tabous et d’un désintérêt total face à la scolarisation des enfants. Le milieu physique est doté d’une richesse naturelle exceptionnelle, générant une dépendance vis-à-vis de ces ressources. Le challenge dans la gestion de ces sites réside dans l’élaboration d’un plan d’intervention visant à responsabiliser ces populations sur les fondements du transfert de gestion, par le biais d’actions de sensibilisation et d’une motivation, grâce à des alternatives économiques à la conservation, tout en leur inculquant le réflexe environnemental.

 

Introduction

Un programme de recherche rapide, mené en 1998 et 1999 dans quelques sites des forêts tropicales de basse et moyenne altitude du Corridor Ankeniheny–Zahamena, a identifié trois sites d’une haute importance pour la biodiversité, et nécessitant des actions urgentes de conservation: Andriantantely, Didy et Sandranantitra (Schmid et Alonso, 2005; Fig. 1). La forêt de basse altitude d’Andriantantely était particulièrement indiquée pour un programme de conservation urgent, notamment pour la richesse et l’abondance des lémuriens recensés (Schmid et Alonso, 2005).

Huit espèces y ont été identifiées, à savoir Microcebus rufus, Cheirogaleus major, Avahi laniger, Indri indri, Propithecus diadema, Varecia variegata, Eulemur fulvus et Hapalemur griseus (Schmid et Alonso, 2005). Mais c’est seulement en 2009 que le grand Hapalémur Prolemur simus a été découvert autour de la forêt (Ravaloharimanitra et al., 2011). Cette découverte, d’une espèce classée comme gravement menacée par l’UICN (2010) et figurant sur la liste des primates les plus menacés au monde (Wright et al., 2008; Wright et al., 2009), a alors renforcé les conclusions de Schmid et Alonso (2005) sur l’importance biologique de cette zone.

Notre étude avait comme objectifs d’actualiser les données relatives à la distribution et l’abondance de Prolemur simus aux alentours d’Andriantantely, identifier les menaces qui affectent ces sites, et mettre en évidence les défis de conservation relatifs à la préservation de l’espèce.

 

Méthodologie

Site d’étude

Andriantantely (S18,7638°, E48,9468°) est un fragment de forêt de basse altitude d’une superficie d’environ 4.170 ha (Schmid et Alonso, 2005), compris dans la nouvelle aire protégée du Corridor Ankeniheny–Zahamena, mais séparé du corridor proprement dit par une zone déboisée (Figs. 1 et 2). Administrativement, la forêt est partagée entre les cinq communes de Lohariandava, Fanasana Gare, Razanaka, Fetraomby et Ambohimanana. Les sites de prospection de notre étude étaient surtout localisés aux alentours de la forêt (Figs. 3 et 4), dans les zones de forêt dégradée à Valihadiffusa (espèce de bambou consommée par Prolemur simus), au niveau de trois communes (Lohariandava, Fanasana Gare et Fetraomby). Suite à la découverte de Prolemur simus dans la zone en 2009 et 2010 (Ravaloharimanitra et al., 2011), deux assistants de recherche locaux ont été embauchés et formés en mars 2010 pour le site de Ambolomadinika (Ambodimanga, village d’Ambinanifanasana, Commune Rurale de Fetraomby), puis deux autres en octobre 2010 pour le site de Lanonana (Commune Rurale de Fanasana Gare). Ces patrouilleurs effectuent depuis un suivi hebdomadaire des groupes dans le cadre du projet “Sauver Prolemur simus” de The Aspinall Foundation (King et Chamberlan, 2010; The Aspinall Foundation [TAF], 2008, 2009, 2010; Ravaloharimanitra et al., 2011).

 

Comptage de Prolemur simus

Des missions de comptage ont été réalisées de fin septembre à début décembre 2010, puis en janvier et mai 2011, en collaboration avec les assistants de recherche et d’autres guides locaux. Pour localiser Prolemur simus, nous avons utilisé la méthode de patrouille qui consiste en la recherche des individus eux-mêmes ou d’indices de leur présence, tels des restes de nourritures, des fèces fraîches ou une forte odeur d’urine. Lorsque les animaux étaient enfin observés, nous avons procédé au comptage des individus, leur catégorisation en fonction de l’âge, et à l’enregistrement des coordonnées géographiques du lieu d’observation

 

Etude socio-économique

En novembre et décembre 2010 nous avons effectué une étude socio-économique au niveau des populations riveraines à la forêt et réparties sur cinq villages, à savoir: Andonabe et Ambodiantafana pour la commune de Lohariandava, Lanonana pour celle de Fanasana Gare, et enfin Ambodikily et Ambinanifanasana pour la commune de Fetraomby. Les outils utilisés ont été l’enquête par questionnaire, l’interview des personnes ressources et le focus group. Les critères de choix des personnes à enquêter ont été entre autres l’appartenance ou non aux collectivités territoriales de base, le groupe socio-économique d’appartenance du ménage (pêcheur, agriculteur, exploitant minier etc.) et accessoirement le niveau de vie. Une interview préliminaire avec les maires, les chefs de villages et les chefs spirituels des lignages a été nécessaire afin de diriger les recherches. Les focus groupes ont été effectués en dernier lieu en vue de recoupement des informations collectées.

 

Identification des menaces et pressions

Les patrouilles pour la recherche des groupes de Prolemur simus ont été effectuées en parallèle avec l’identification et le recensement des menaces et pressions. Du fait de l’isolement des groupes, ce dernier aspect a été réalisé sur la totalité de leur domaine vital. En outre, des entretiens avec la population locale et les patrouilleurs ont également permis d’identifier des menaces et pressions affectant la survie de cette espèce.

 

Résultats

 

Distribution et abondance de Prolemur simus

Nous avons réalisé 87 observations directes de Prolemur simus pendant l’étude (Fig. 5), à une altitude variant entre 80 et 229 m. Au total, nous avons identifié 6 groupes dans 3 sites (Fig. 2), avec un total de 31 individus dont 3 petits (Tab. 1). Cependant, il est à noter que la plupart des observations concernent les trois mêmes groupes, les trois autres n’ayant été l’objet que d’une ou deux observations directes (Tab. 1). Toutes ces localités sont en effet des sites isolés, et nous n’avons trouvé aucun signe de présence de P. simus dans la forêt même d’Andriantantely.

 

Tab. 1: Composition des groupes de Prolemur simus recensés aux alentours d’Andriantantely.

Site

Groupe/localité

Observations directes

Adultes et juvéniles

Petits

Total

Ambodimanga (CR Fetraomby)

Ambolomadinika

44

6

1

7

Lanonana (CR Fanasana)

Ambatonolondahy

20

6

 

6

Andobokivolo

1

3

 

3

Betaolo

19

5

1

6

Ambodiantafana (CR Lohariandava)

Anjinjanaomby

2

6

1

7

Ampotamaintso

1

2

 

2

Total

 

87

28

3

31

 

De plus, des signes de nourrissage de P. simus, à savoir des traces sur les troncs et les feuilles de Valihadiffusa et également des traces sur les troncs d’Aframomum sp. ont été observés à quatre autres localités, sans observation directe (Fig. 2): Soanilo (S18,650°, E48,814°; Ravaloharimanitra et al., 2011), Sahatoana (18,661°S, 48,802°E), Salambohavana (S18,640°, E48,788°), et Ampagarinana (S18,678°, E48,820°), tous dans la Commune de Fetraomby.

Outre P. simus, nous avons également observé Indri indri, Varecia variegata et Propithecus diadema lors de nos prospections dans la forêt d’Andriantantely, et Hapalemur griseus, Eulemur fulvus, Avahi laniger et Indri indri dans les sites autour de la forêt.

 

Description de l’habitat des sites

Les sites d’observation de Prolemur simus sont des habitats dégradés tous dominés par Valihadiffusa, à l’exception d’Anjinjanaomby où l’espèce dominante est Ravenala madagascariensis. Par ailleurs, tous ces sites sont des parcelles, anciennes ou actuelles, de culture sur brûlis, excepté le petit lambeau de forêt d’Ampotamaintso (Tab. 2; Figs. 3, 4 et 6).

 

Tab. 2: Description des sites de Prolemur simus.

Localité

Caractéristique

Usage local

Ambolomadinika (S18,662°, E48,815°)

Forêt dégradée à bambous Valiha diffusa, avec plantation de bananiers et de caféiers

Plantation de bananiers et de caféiers

Ambatonolondahy (S18,712°, E48,817°)

Forêt dégradée essentiellement constitué deValiha diffusa et de quelques pieds de Ravenala

Ancienne zone de pâturage bovin, devenue parcelle de culture sur brûlis

Andobokivolo (S18,721°, E48,820°)

Forêt dégradée essentiellement constitué deValiha diffusa (plus de quatre ans)

Parcelle de culture sur brûlis

Betaolo (S18,720°, E48,809°)

Forêt dégradée à Valiha diffusa sur les moyen et bas versants, et à Ravenala sur le haut versant

Zone de culture sur brûlis de riz, et de plantation de bananiers

Anjinjanaomby (S18,733°, E48,791°)

Forêt dégradée à Ravenala et Valiha diffusa, avec présence d’espèces envahissantes telles Aframomum etRubus molicanus

Zone destinée au pâturage bovin et à la culture sur brûlis

Ampotamaintso (S18,751°, E48,765°)

Lambeau de forêt à proximité du village d’Ambodiantafana

Zone destinée au prélèvement de bois de construction

 

 

Facteurs de menace à la survie de Prolemur simus

Nous avons constaté plusieurs menaces portant atteinte à la survie de la population de P. simus dans les sites identifiés, notamment:

·     Chasse de P. simus par pièges et sarbacanes

·     Perturbation deP. simus par le passage de personnes et leurs chiens

·     Dégradation de la forêt par abattage d’arbres pour usage local

·     Fragmentation de l’habitat entraînant l’isolement des groupes ou de la population

·     Crainte des populations d’être expropriées de leurs terrains

·     Présence d’habitation humaine provisoire à proximité du territoire de P. simus

·     Manque d’enthousiasme des populations locales et état de latence des collectivités territoriale de base dus à l’absence de stimulants économiques ou sociaux pour la conservation.

Pour le cas particulier d’Andriantantely, le fragment forestier est de plus en plus soumis à la fragmentation de l’habitat en raison de différents facteurs: cultures itinérantes, coupe illicite de bois précieux dans les noyaux durs, divagation des bœufs et exploitation aurifère dans les cours d’eau en émanant. Des pressions sont également constatées sur les autres ressources naturelles à savoir: la surexploitation minière du lit de la rivière d’Ivoitra et la surexploitation des bambous pour la confection de radeaux nécessaires au transport hebdomadaire des bananes vers la voie ferrée

 

Volet social

La population est essentiellement composée de Betsimisaraka, que côtoient d’autres ethnies (Antaisaka, Sihanaka, Betsileo, Merina, Antaimoro, etc.). Les croyances traditionnelles tiennent une place importante au sein de ces communautés. Des lieux de joro (cérémonie glorifiant les esprits) sont recensés un peu partout dans la forêt d’Andriantantely. Les chefs de lignage dits tangalamena tiennent un rôle spirituel important et disposent de ce fait d’une forte empreinte sociale. Toutefois, ces traditions tendent à s’effacer lentement, suite à la venue des missionnaires et l’extension des religions principalement. Le taux d’alphabétisation de la population avoisine en moyenne 20%. Ce chiffre s’explique par des contraintes spatio-climatiques (difficulté de déplacement due à la montée du niveau des rivières en saison de pluies) d’une part, et par la faible motivation de la population vis-à-vis de la scolarisation d’autre part.

Les maladies les plus fréquentes sont le paludisme, la diarrhée et la bilharziose; ces trois fléaux représentent 30% des cas traités au niveau des CSB (source: CSB II Fanasana Gare, Lohariandava, Fetraomby). Des moustiquaires ont été offertes au niveau des villages à raison d’une unité pour deux à trois personnes. La lutte contre le paludisme a également été accompagnée par la distribution de comprimés préventifs aux jeunes enfants (moins de cinq ans) et femmes enceintes.

D’une manière générale, tous les aspects définis auparavant concordent et contribuent à un indice de développement faible de la population locale, qui génère une forte dépendance envers les ressources naturelles et représente un frein aux activités de conservation de la biodiversité, et de Prolemur simus en particulier.

 

Volet économique

Afin de faire face à l’endettement des ménages, des agences de micro finance ont été développées au sein des communes environnantes en 2004, promouvant une épargne mutuelle en nature (semences de riz) ou en termes monétaires. Connues sous le nom de “Tsinjo Aina”, ces organismes permettaient d’emprunter à taux d’intérêt nul, à la seule condition de les rembourser dans un délai maximal de six mois. Toutefois, la mauvaise gestion des cotisations et l’esprit d’assistanat des membres ont eu raison de ces structures.

La principale activité génératrice de revenus reste donc l’agriculture (80% des ménages). L’accès à la terre conditionne le revenu agricole des ménages. Une majeure partie de ces terres est destinée à la plantation de bananiers comme source de revenus, le reste étant affecté aux cultures de subsistance (culture sur brûlis de riz et maïs associés, riziculture, etc.). La production de bananes atteint 30 kg/pied au bout de 1,5 à 2,0 mois. Le village d’Andonabe, où chaque ménage est constitué d’un grand nombre d’individus, est caractérisé par une culture de rente importante de la banane (Tab. 3). En général, la principale culture vivrière reste la culture sur brûlis de riz, pour laquelle une jachère de deux à trois ans est nécessaire entre deux saisons. Cette pratique est faiblement pratiquée dans le village de Lanonana (Tab. 3).

La proximité d’une gare favorise la commercialisation des produits agraires; ainsi le village d’Ambodiantafana, situé à environ 4 km à vol d’oiseau de la gare de la commune de Fanasana, est caractérisé par le développement de l’élevage avicole (Tab. 3). Le manque de terres disponibles amène environ 20% des ménages à adopter la pêche et l’exploitation aurifère.

Tab. 3: Le système agraire de la zone détude.

 

Moyenne rencontrée au niveau des principaux villages

Différence significative

Andonabe

Ambodiantafana

Ambodikily

Lanonana

Ambinanifanasana

Nombre d’individu/ménage

8,2

6,12

5,93

5

6,90

Oui

Rizières (ha)/individu

0,07

0,08

0,09

0,16

0,08

Non

Pieds de bananier/individu

18,29

12,25

10,79

20

7,20

Oui

Culture sur brûlis de riz (ha/individu)

0,2

0,18

0,29

0,17

0,28

Oui

Têtes de bœuf/individu

0,24

0,09

0,14

0,12

0,14

Non

Tête de porc/individu

0,07

0,08

0,03

0,11

0,02

Non

Volailles/individu

0,37

1,31

1,06

0,78

1,01

Oui

 

Le métayage et le fermage ne sont pas encore présents dans ces contrées. Les propriétaires, faute de main d’œuvre ou de moyen financier, prêtent leurs terres les moins fertiles en échange de main d’œuvre gratuite pour les travaux culturaux. Une faible proportion des ménages (20%) procède à deux saisons rizicoles. Les lacunes en techniques de maîtrise de l’eau, ajoutées à l’absence de produits phytosanitaires (pour 88% des agriculteurs), handicapent lourdement le domaine de la riziculture.

 

Discussions et recommandations

Le nombre de Prolemur simus rencontré varie d’un groupe à l’autre, avec un nombre maximum de sept individus pour les groupes de Betaolo, d’Anjinjanaomby et d’Ambolomadinika. Toutefois, les 15 individus recensés dans 3 groupes du site de Lanonana (Communauté locale de Base Dimbiazanjafy) placent ce dernier au rang de site prioritaire de conservation pour cette espèce en danger critique d’extinction.

Un bon point pour la conservation de P. simus est la gestion de leurs habitats par les communautés locale de base. Toutefois, plusieurs faits viennent faire obstacle à cette conservation. Par crainte d’une possible expropriation de leurs terrains culturaux, ces communautés sont réticentes à collaborer avec des organisations non gouvernementales environnementales, d’autant plus que le rendement agricole est déjà maigre. La méconnaissance des opportunités de la conservation contribue également au non respect des activités de conservation véhiculées par les cahiers de charge des transferts de gestion et/ou les engagements communautaires.

La faible capacité de gestion de ces structures n’est pas en reste: l’ignorance des procédures de légalisation des transferts de gestion d’une part, et des droits et responsabilités des membres d’autre part, déstabilisent énormément les efforts de conservation développés jusqu’à ce jour.

Pour une gestion efficace de ces sites et dans une optique de responsabilisation des paysans à la conservation, les actions suivantes sont à considérer:

·     Mener une éducation environnementale:

·     Restaurer le massif forestier d’Andriantantely:

·     Renforcer les capacités de gestion des communautés gestionnaires de la forêt:

·     Développer des activités alternatives à la conservation (pisciculture, élevage professionnel, apiculture):

·     Améliorer la productivité de la riziculture par la vulgarisation des cultures en terrasses et par l’appropriation de produits phytosanitaires:

·     Soutenir les autres cultures vivrières par le don de semences améliorées (maïs, café, etc.).

 

Conclusion

Au cours de notre étude sur le site d’Andriantantely, le nombre de Prolemur simus a été actualisé à 31 individus, répartis sur 6 groupes isolés. Leur territoire est constitué de forêt dégradée à Valihadiffusa etRavenala madagascariensis, et de terrains culturaux. Les localités abritant les territoires de P. simus sont caractérisées par une population jeune: environ 50% ont moins de 18 ans. L’enclavement du milieu a favorisé des conditions sanitaires précaires et le manque d’infrastructure scolaire. Certains états de fait viennent alourdir ce bilan. Ainsi, les communautés vivant à proximité du massif forestier (cas d’Andranomihoatra Maevantanàna) sont réticentes au développement, en raison de nombreux tabous et d’un désintérêt total face à la scolarisation des enfants. Par ailleurs, le milieu physique est doté d’une richesse naturelle exceptionnelle, générant une dépendance vis-à-vis de ces ressources. Par conséquent, le vrai challenge dans la gestion de ces sites réside dans l’élaboration d’un plan d’intervention visant à responsabiliser ces populations sur les fondements du transfert de gestion, par le biais d’actions de sensibilisation et d’une motivation, grâce à des alternatives économiques à la conservation, tout en leur inculquant le réflexe environnemental.

 

Remerciements

Notre reconnaissance se tourne vers: le Ministère de l’Environnement et des Forêts du Gouvernement de Madagascar, et en particulier la Direction du Système des Aires Protégées, qui a délivré notre permis de recherche: les autorités locales pour leurs permission et participation: les associations de la communauté: et tout le personnel local lors des enquêtes sur terrain. Nous remercions également Rose Marie Randrianarison, Louisette Ravalitera, Christelle Chamberlan, Mohamad Mbaraka et Hery Andrianiantefana pour leur précieuse aide dans l’organisation de l’étude, ainsi que tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la réalisation de cet ouvrage. L’étude a été financée par The Aspinall Foundation dans le cadre du projet “Sauver Prolemur simus”.

 

Références

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Ravaloharimanitra, M., Ratolojanahary, T., Rafalimandimby, J., Rajaonson, A., Rakotonirina, L., Rasolofoharivelo, T., Ndriamiary, J.N., Andriambololona, J., Nasoavina, C., Fanomezantsoa, P., Rakotoarisoa, J.C., Youssouf, Ratsimbazafy, J., Dolch, R., King, T. 2011. Gathering local knowledge in Madagascar results in a major increase in the known range and number of sites for critically endangered greater bamboo lemurs (Prolemur simus). International Journal of Primatology 32: 776–792.

Schmid, J., Alonso, L.E. (eds.). 2005. A rapid biological assessment of the Mantadia–Zahamena Corridor, Madagascar. RAP Bulletin of Biological Assessment No. 32, Conservation International, Washington, DC, USA.

The Aspinall Foundation. 2008. Projet Varibolomavo: Sauver Prolemur simus – objectifs et actions proposées. The Aspinall Foundation, Port Lympne Wild Animal Park, Lympne, UK.

The Aspinall Foundation. 2009. Projet Varibolomavo: Sauver Prolemur simus – premiers résultats et actions immédiates. The Aspinall Foundation, Antananarivo, Madagascar.

The Aspinall Foundation. 2010. Projet Varibolomavo: Sauver Prolemur simusrapport sommaire 2010. The Aspinall Foundation, Antananarivo, Madagascar.

UICN 2010. IUCN Red List of Threatened Species. <www.iucnredlist.org>. Downloaded on 10 December 2010

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